AVANT-PROPOS

 
 

"Je dédie ces quelques pages aux jeunes et particulièrement à mes enfants et petits enfants, qui auront à résoudre les problèmes que nous allons leur léguer. Je souhaite que leur vie soit belle et qu'ils partagent certaines des utopies qui m'ont bien aidé dans les moments difficiles."

 

On a parfois besoin, pour se rassurer, de mettre ses idées sur papier. C'est ce qui m'est arrivé au seuil de la retraite.

Jusqu'à l'âge de 45 ans, ma vie fut souvent une lutte éreintante contre mes complexes de jeune, contre la discipline extrême des écoles militaires que j'ai fréquentées, contre l'égocentrisme et l'immaturité de la mère de mes trois enfants, contre la perversité de ma belle-mère, contre la drogue dont fut victime mon fils, et enfin contre la "nomenklatura réformatrice" de la société où j'ai travaillé comme ingénieur durant les vingt-cinq dernières années.

Je dois avouer avoir toujours été très sensible aux charmes de la gent féminine. Je pense que, dans mon enthousiasme, j'ai souvent surestimé la capacité des quelques femmes que j'ai aimées à vraiment pouvoir me rendre heureux et à partager mes idées. Les difficultés de toutes sortes que j'ai rencontrées dans la première moitié de ma vie m'ont empêché de vieillir trop vite et ont probablement été le terreau du bonheur que je connais actuellement. Ayant un caractère assez complexe plutôt idéaliste et critique mais réaliste, je pourrais peut-être parfois donner l'impression d'être un homme malheureux et frustré. Il n'en est rien! J'aime pardessus tout la clarté, l'honnêteté et la franchise, même si ces vertus sont assez peu coutumières. J'aime la vie et souhaiterais conserver une bonne santé pour en profiter longtemps encore.



J'ai eu la chance de connaître le vrai bonheur avec Nel, ma seconde femme, avec mes deux grandes filles ainsi qu'avec les familles qu'elles m'ont apportées, avec mes collaborateurs au sein des différents services techniques que j'ai eu l'honneur de diriger et enfin avec les ex-toxicomanes du Patriarche et des Compagnons. Ma femme et moi profitons actuellement de la vie dans le sud de la France, région dont nous aimons énormément autant les paysages que les habitants et leurs coutumes; leur difficulté à réformer et à moderniser nous fait parfois penser que les Français n'ont pas mené leur révolution à son terme!..

Je suis effrayé, mais non surpris, de voir le capitalisme occidental terrorisé et tenu en échec par l'intégrisme musulman. Je m'inquiète de voir banaliser et dédramatiser l'usage de drogues de tous types, alors que je suis convaincu qu'elles sont à la base de la majorité des malheurs dans le monde.

Je me fais du souci en voyant se dégrader la situation du tiers monde, la sécurité sur les routes et dans les cités, les valeurs cotées en bourse, l'intégrité de la politique et de la justice. La grande crise boursière du début de ce siècle me fait penser que j'avais bien raison de dénoncer et de refuser "l'épuration technique" pratiquée depuis environ vingt-cinq ans, principale cause, selon moi, du manque de confiance actuel des milieux boursiers dans notre monde industriel.

En 1977, la toxicomanie de mon fils a sûrement été l'électro-choc qui m'a douloureusement ouvert les yeux sur les maux qui touchent notre société. Il y a un quart de siècle, à la lumière de certains discours et de certains écrits du Général de Gaulle et de l'homme politique américain Lyndon La Rouche, j'ai commencé à comprendre quels sont les principes fondamentaux qui semblent régir notre monde.

Dans ce texte, j'essaye de définir "les fondations de la maison de ma vie": un humanisme sans drogue basé sur la vraie valeur des choses. Je passe successivement d'un ton affirmatif, compétent et sans appel quand il s'agit de la drogue, à un discours plus technique mais moins assuré quand il s'agit d'essayer de définir, d'analyser et parfois de critiquer la politique et la démocratie, à finalement des questions et des suggestions timides mais sincères quand il s'agit de l'enseignement de l'histoire. Le style que j'ai adopté est consciemment celui d'une note technique, concise et assez dense. Si j'avais été plus volubile, j'aurais facilement pu remplir deux ou trois fois plus de papier avec les mêmes sujets! Ce n'est pas uniquement par pudeur ou par paresse que je n'ai pas voulu expliciter certaines allégations... personnellement, je n'ai jamais aimé lire de gros livres... Plutôt que de vouloir convaincre à tout prix, je me contente de dire honnêtement ce que je pense. Mes convictions ne seront probablement pas partagées par tous... tant pis, ce n'est pas grave!

Quoiqu'il en soit, en analysant mon passé, je dois tout d'abord constater qu'il m'a fallu bien longtemps avant d'avoir enfin les idées claires. Ensuite, il me faut bien admettre que, le résultat de mes prises de position et de mes actions ayant été tellement modeste et insignifiant, il était logique d'utiliser le mot " utopies " dans le titre de cet ouvrage.

 

 

Jacques Berhaut-Streel
17/07/04