LE BENELUX

 

LA BELGIQUE

Comme la plupart des belges, je croyais que notre pays disposait d'un régime politique très démocratique où chacun pouvait choisir librement son député en fonction de ses convictions, de ses croyances et de sa condition. Je pensais que la Belgique était logiquement divisée en deux grandes communautés linguistiques et en partis politiques à tendances essentielles gauche ou droite. Je ne m'étais pas rendu compte qu'avec son nouveau roi Léopold I, protestant et franc-maçon, notre pays avait été, depuis sa création en 1830, une monarchie soutenue par une sorte de nouvelle noblesse bicéphale.

En effet depuis 1833, l'élite dirigeante belge est tout simplement partagée entre les deux associations rivales fermées et secrètes que sont l'Eglise catholique (depuis 1947: l'Opus Dei) et la Loge maçonnique du Grand Orient. On pourrait s'étonner que la Belgique ne soit pas citée dans le récent roman à succès de Dan Brown " Da Vinci Code"...

L'Opus Dei, qui est particulièrement installé en Flandre, est parfois considéré comme une véritable secte catholique et a pignon sur rue depuis 50 ans. Il regroupe la plupart des hommes politiques chrétiens belges (CVP, PSC,..) et dispose de l'appui intellectuel de l'Université de Louvain, qui constitue également sa principale réserve de recrutement. Les politiques flamands doivent actuellement compter avec une montée inquiétante de l'extrême droite néo-nazie représentant 25% de son électorat.

La Loge maçonnique du Grand Orient, initialement fréquentée par des adeptes de haute moralité est particulièrement bien installée en Wallonie et à Bruxelles. Elle est, actuellement considérée par certaines autres loges belges et étrangères comme pervertie et infréquentable; à l'image de ce qui s'est passé en Italie, il y a 25 ans, à la loge P2, le Grand Orient semble infiltré par la maffia. Depuis le début du vingtième siècle, cette loge regroupe notamment de nombreux hommes politiques libéraux et socialistes, de nombreux magistrats et hauts fonctionnaires; elle dispose de l'appui intellectuel de l'Université Libre de Bruxelles et contrôle les principaux médias francophones comme le journal "Le Soir" et la radio télévision d'état "RTBF".

Je me suis rendu compte que les tensions qui m'étaient apparues entre les dirigeants de l'usine où je travaillais en 1983, étaient principalement dues au fait que la majorité des membres de la direction de l'usine étaient, à cette époque, des adeptes de l'Opus Dei, alors que quelques cadres contestataires importants étaient de l'autre bord.

A la même époque, lors des divers contacts que j'ai eu avec le ministère de l'intérieur à cause de mon beau-père et avec les ministères de la santé et des affaires sociales au nom de l'association Le Patriarche, j'ai pu constater qu'il y avait, contre toute attente, une grande complicité et une parfaite cohérence entre les cabinets ministériels socialistes et libéraux, alors que les sociaux chrétiens semblaient être totalement tenus à l'écart.

La formation professionnelle de l'association le Patriarche dans la commune wallonne d'Andenne a été fermement combattue par le bourgmestre socialiste franc-maçon parce que notre action était efficacement soutenue par des personnes formidables qui étaient de vrais chrétiens et qui faisaient partie du réseau d'enseignement catholique.

Sans vouloir dramatiser la situation, on peut dire que, quel que fut le vote des citoyens, la politique belge était finalement faite au sein de deux organisations secrètes qui, souvent, contrôlaient également le monde des affaires et les médias.

Dans ce climat politique trouble, on a assisté, en Belgique, à quelques événements dramatiques comme les attentats sanglants des CCC, les pratiques douteuses du commandant François, chef de la brigade des stupéfiants de la gendarmerie, les carnages des tueurs du Brabant Wallon, l'assassinat du puissant homme politique socialiste liégeois André Cools et enfin les crimes odieux du pédophile Dutroux et de ses complices. Au pays d'Hercule Poirot, on comprend mal les dysfonctionnements graves des enquêtes de la gendarmerie; il est très probable que la Justice n'arrive jamais à faire toute la lumière en ces affaires, car il est possible que des personnes pourries très haut placées aient commandité ces crimes et soient protégées par les organisations secrètes auxquelles elles appartiennent.

J'ai pu constater que mon analyse dérange incontestablement de nombreux bourgeois belges de ma génération. Je me demande si les femmes et les hommes politiques de la nouvelle génération sont devenus plus démocrates et plus transparents que leurs anciens?

LA HOLLANDE

Tout comme mon ancêtre Breton, 200 ans plus tôt, j'ai été muté aux Pays-Bas pour y exercer une fonction de cadre et j'y ai notamment trouvé le grand amour.

Quel beau petit pays, quelle grande nation! Le Hollandais, qui n'a d'ailleurs aucun complexe, a tout lieu d'être fier de son pays et de son passé. La Hollande n'est pas uniquement, comme le pensent certains, le pays de la tulipe, du fromage gouda, des sabots et du vélo... Elle est le véritable berceau européen de l'humanisme et de la tolérance, Elle est la patrie de grands philosophes, savants et artistes comme Erasme, Descartes (exilé français), Huygens, Spinoza, Rembrandt, Vermeer et Van Gogh. Toutes les religions y sont acceptées; malgré la pratique du libéralisme le plus total, le citoyen hollandais se sent bien protégé et reste modéré dans ses revendications. Le Hollandais aime parler mais veut avant tout être efficace ; il domine la nature tout en la respectant puisqu'il vit dans un climat assez rude, sur un territoire situé en grande partie plusieurs mètres en dessous du niveau de la mer.

Le sens du commerce inné chez les Hollandais n'entrave en rien leur honnêteté et leur compétence. On m'a souvent dit que ces Européens convaincus, mais très critiques vis-à-vis de certains partenaires mous, ces sudistes du nord, sont un peu les américains d'Europe... je suis d'accord.

Quand les Hollandais parlent de service public, ils pensent "service au public". Ils n'hésitent pas à privatiser la poste si celle-ci ne rempli pas bien sa mission... et c'est un grand succès ! J'aime la mentalité de ce peuple moderne, de citoyens responsables et peu assistés, toujours prêts à voyager et à découvrir le monde. Je regrette seulement la politique officielle trop laxiste de ce pays concernant la drogue.

 


 

Jacques Berhaut-Streel
17/07/04