MON PORTRAIT

 

Le petit utopiste est né prématuré à Liège en juin 1940, aux premiers jours de la guerre. Famille bourgeoise catholique classique: deux garçons et une fille;maman consciencieuse, "fille de bonne famille", soigneuse et conventionnelle; papa ingénieur technicien aux tramways de Liège, assez absent, officier de réserve aviateur, philatéliste passionné et séducteur infatigable. Grand-père maternel avocat et bâtonnier apprécié, politicien social-chrétien très engagé, adoré de tous et surtout de sa femme, de ses quatre filles et de ses onze petits enfants, grâce à qui nous avons eu de merveilleuses fêtes de Noël en famille et avons pu aller chaque année en vacances à la mer du Nord ou dans les Ardennes.... Alors que je garde un souvenir ému de ma gentille maman, je n'ai malheureusement pratiquement aucun bon souvenir de mon père. Jusqu'à sa mort, mon père ne semblait avoir de véritables centres d'ntérêt qu'en dehors de notre famille: il consacrait tous ses congés aux rappels militaires et était un protecteur passionné du groupement liégeois des anciens de la Légion Etrangère...

Sans vouloir y attacher beaucoup d'importance, je me permets de citer ici quelques extraits du rapport d'orientation professionnelle fait en dernière année d'école primaire, lorsque j'avais 12 ans:

"...développement physique normal, insuffisance de poids...
...très belle intelligence légèrement supérieure à la moyenne qui situe Jacques parmi les mieux doués. Le raisonnement et les aptitudes techniques sont excellents... Nature très riche, émotive mais active et réfléchie. Il aime la compagnie, s'y révèle entraîneur, impulsif, impétueux, parfois violent même, mais très généreux et pas du tout égo�ste. Il aime assumer les responsabilités, est très indépendant, d'une franchise un peu brutale mais sans méchanceté...
...Vis à vis de l'autorité, il est discipliné, dans la mesure où il a confiance..."  

Je ne sais quel procédé ces psychologues utilisaient, mais j'ai l'impression qu'ils avaient vu assez juste!

Est-ce l'attrait de l'uniforme ou l'influence paternelle qui me poussa en 1956, à réussir le difficile concours d'entrée à l'Ecole Royale des Cadets? Quoi qu'il en soit, en pleine adolescence, j'ai appris à connaître les exigences de la discipline militaire sous le joug de sous-officiers excellents issus de la guerre. J'avais une admiration sans limite pour le jeune Capitaine qui nous commandait et nous apprenait avec tact et psychologie le sens du devoir et de la responsabilité.
Après trois années difficiles mais pleines d'enseignement, j'entrais donc en section polytechnique à l'Ecole Royale Militaire. Les cinq années d'études furent très bien remplies puisque, en 1964, je me suis retrouvé sous-lieutenant, avec un diplôme d'ingénieur civil en construction, une spécialisation en pipelines, un brevet para commando, une femme et un fils! Ces cinq années d'études exigeantes m'avaient presque rendu adulte mais hélas pas capable d'assumer correctement mes responsabilités de père et surtout de mari d'une très jolie fille, future artiste peintre, encore adolescente, qui ne m'aimait pas vraiment, qui était totalement dominée par une mère très envahissante et que j'avais "joyeusement" mise enceinte sans pouvoir l'épouser. Grâce à l'aide influente de mon beau-père, haut fonctionnaire, j'ai été le premier officier élève à pouvoir se marier avant la fin des études!

Venant d'être nommé Capitaine et ayant eu une offre d'un grand bureau d'engineering qui recherchait un jeune ingénieur spécialisé en pipelines, j'ai entamé la procédure pour quitter l'armée et me suis retrouvé, en 1971, à Traction Electricité comme ingénieur chef de projet. En 1975, insigne honneur pour un jeune ingénieur belge, je suis contacté et engagé par Solvay, géant de la Chimie.

Sur le plan professionnel, les douze années qui suivirent furent excellentes. Sur le plan personnel et familial elles furent abominables: tromperies, toxicomanie de mon fils, détérioration du couple, mort dramatique des parents de ma première femme. Grâce à une certaine naïveté stupide de ma part et à la mise sur le marché de la pilule contraceptive, ma jeune épouse était progressivement passée d'allumeuse universelle à séductrice bisexuelle; j'étais un des grands cocus de Bruxelles et quelques unes de ses " amies confidentes " qui m'aimaient bien, dont sa propre mère, ont eu pitié de moi et ont même parfois proposé de me consoler... j'étais très malheureux et je n'ai hélas pas eu la clairvoyance ni le courage de divorcer. C'est à cette époque que mon système nerveux a probablement été soumis à trop rude épreuve et que les tics faciaux et l'asthme ont fait leur triste apparition dans ma vie.

La toxicomanie de mon fils prend des proportions inquiétantes et, alors que sa mère, qui fréquentait des milieux artistiques branchés, s'était laissée convaincre qu'il fallait bien qu'il "s'amuse", je suis véritablement entré en croisade contre la drogue. Voir pages "Patriarche" du site http://jbs-drogue.monsite-orange.fr .

En 1987, je suis muté aux Pays-Bas, à Enkhuizen. Nel était chef du Service du Personnel de l'usine, elle adorait la lecture, elle était protestante très tolérante, elle était gentille et intelligente, elle était belle, nous étions libres! Je suis tombé follement amoureux de Nel, ai décidé de refaire ma vie avec elle et lui ai demandé de m'épouser. Je sais que mes filles aiment beaucoup leur belle mère et qu'elles considèrent notamment qu'elle m'a fait évoluer dans le bon sens, en tant que père. Nel est la fille aînée et respectée d'une grande famille hollandaise dans laquelle j'ai été très bien accueilli.  

A 47 ans, cette première véritable expérience en usine, dans une langue étrangère et dans une technique nouvelle pour moi, m'a fait connaître les difficultés d'intégration que peut rencontrer un cadre idéaliste de formation universitaire dans un milieu de petits chefs sournois, craignant la concurrence de l'intrus. Je garde néanmoins un excellent souvenir des cinq premières années passées à l'usine d'Enkhuizen où j'ai d'ailleurs conservé quelques amis qui me tiennent encore régulièrement au courant de la vie dans " notre " belle usine. Les années passées aux Pays-Bas avec ma jeune épouse sont incontestablement les plus belles de ma vie: bonheur conjugal, argent, voyages, amélioration de la relation avec mes enfants, succès professionnels...

En 1993, Solvay décidait d'acheter une petite usine de fournitures médicales située au Bousquet d'Orb, à 30 km de notre maison de Magalas !.. Avec notre jeune directeur dynamique de l'époque, je me suis beaucoup occupé des aménagements techniques visant à mettre le site aux normes " Solmed " et à y transférer divers moyens de production depuis Enkhuizen. Pendant deux ans, nous avons eu la chance Nel et moi, de venir ensemble faire de nombreux séjours en France; notre plus cher désir aurait été d'y être muté! Malheureusement pour nous et surtout pour le personnel français, le directeur suivant, celui qui, un peu plus tard, allait me chasser d'Enkhuizen, a tout fait pour rendre la vie de la petite équipe du Bousquet d'Orb impossible.

Pensionné depuis septembre 2000, après 25 ans de service chez Solvay, je profite enfin avec ma femme d'une retraite bien méritée dans notre maison située dans le Languedoc.
 

voir aussi le site :            http://pauvrefrance.monsite-orange.fr

Jacques Berhaut-Streel
17/07/04